Jeunesse au Nunavik

Survol de la situation de la jeunesse au Nunavik

En général, les femmes Nunavimmiuts ont leur premier enfant à un bas âge et ont tendance à avoir beaucoup plus d’enfants que les femmes ailleurs au Québec. La population du Nunavik est caractérisée par une très grande proportion de jeunes personnes : 40 % des habitants ont moins de 15 ans et 57 % ont moins de 25 ans. Quoique le taux de décrochage scolaire demeure élevé, le taux de finissants du secondaire est à la hausse d’une année à l’autre. Les jeunes du Nunavik sont de plus en plus sensibilisés au monde circumpolaire inuit ainsi qu’au reste de la planète, et ce par le biais d’une large gamme d’initiatives et par l’Internet.

L’imposition de la chrétienté, des pensionnats, des systèmes juridique et éducationnel occidentaux, des services sociaux et des services de la protection de la jeunesse ont eu plusieurs impacts, dont la perte chez les Inuits de leur capacité de maintenir leurs traditions relativement à l’éducation, à la protection et au soutien de leurs enfants. Aujourd’hui les problèmes psychosociaux, combinés avec le stress consécutif à un traumatisme, la dépression, les dépendances et même l’incarcération, empêchent certains parents de remplir leurs rôles envers leurs enfants. Les taux d’abus physique et sexuel ainsi que la négligence sont préoccupants au Nunavik. Ces situations affectent plusieurs enfants et parents.

Au cours des 30 dernières années, le Nunavik a vu une hausse alarmante au niveau des comportements suicidaires. La situation est d’autant plus inquiétante quand on considère que le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes adultes (âgés de 20 à 34 ans). Le phénomène du suicide est extrêmement préoccupant pour les personnes âgées de 15 à 24 ans. Ce sont surtout les jeunes filles âgées de moins de 20 ans et les jeunes hommes dans la vingtaine qui sont le plus touchés. La détresse sous-jacente au comportement suicidaire semble être liée à des problèmes de santé mentale non diagnostiqués, à la consommation d’alcool et de drogue ainsi qu’à un passé de violence sexuelle ou à une exposition à la violence physique. Une consommation excessive d’alcool et la consommation régulière de cannabis à un bas âge chez les jeunes Nunavimmiuts sont également raison pour s’inquiéter et constituent des facteurs de risque relativement au comportement suicidaire.

D’une part, les Nunavimmiuts reconnaissent généralement que plusieurs enfants sont présentement à risque d’être négligés ou abusés et que des mesures doivent être prises afin de les protéger. Beaucoup ont exprimé leur consternation face au fait que les parents, les membres de la famille étendue et la communauté n’ont présentement pas la capacité de répondre aux besoins pressants de protection chez certains enfants de la région, des besoins qui ont créé une demande énorme pour les services de la protection de la jeunesse.

D’autre part, ces dernières années ont vu les Nunavimmiuts exprimer clairement leurs préoccupations quant au système actuel de la protection de la jeunesse. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec partage bon nombre de ces préoccupations. L’inquiétude est que les répercussions des nombreuses interventions de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ainsi que les taux de placement temporaires ou à long terme pour les jeunes en difficulté auront des impacts profonds et sévères sur la société inuite.

Survol des services à la jeunesse et à la famille de la région

Le réseau de la santé et des services sociaux du Nunavik n’est pas le seul prestataire de services aux jeunes et aux familles. L’Administration régionale Kativik a réussi à appuyer la création de centres de la petite enfance à travers le Nunavik. Ces centres pourront être bien placés pour offrir des activités de stimulation précoce et pour jouer un rôle clef dans le dépistage précoce de problèmes au niveau du développement de l’enfant. La Commission scolaire Kativik et les écoles du territoire peuvent également offrir du soutien à leurs élèves par l’entremise des conseillers aux élèves et autre personnel de soutien.

Au Nunavik, les points de service de CLSC constituent la porte d’entrée habituelle aux services à la famille. Les services courants sont offerts par les infirmières, les assistants sociaux et les agents de relations humaines locaux. Les sages-femmes réalisent les accouchements sur les deux côtes et assurent les suivis pré- et postnataux. Sur la côte d’Ungava, il y a un psychologue pour enfants ainsi qu’une psycho-éducatrice basés à Kuujjuaq. Avec le soutien du réseau universitaire intégré de santé (RUIS) de l’Université McGill, les pédopsychiatres basés au Sud viennent visiter la région régulièrement. Ces psychiatres offrent du soutien également aux intervenants locaux au besoin.

Les services de la protection de la jeunesse sont offerts dans chaque communauté par des assistants sociaux, les agents de relations humaines et les travailleurs sociaux. Des lacunes dans la prestation de différents services et programmes, particulièrement les services sociaux destinés aux parents, aux familles et aux jeunes en difficulté, ont un impact important sur la prestation de services de la protection de la jeunesse. En effet, la DPJ est profondément accablée par la gravité et l’étendue des cas rapportés. Une telle situation, avec la méfiance de la population envers les établissements, explique amplement le taux de roulement élevé chez le personnel inuit et non-inuit de ce secteur.

Les services de réadaptation pour jeunes avec des difficultés d’adaptation sont offerts par sept centres de réadaptation dans la région et au Sud. Il y a deux ressources spécialisées pour enfants âgés de 6 à 12 ans : une à Kuujjuaq et l’autre à Kuujjuaraapik. Il y a deux foyers de groupe, à Kuujjuaq et à Puvirnituq. Il y a un centre de réadaptation pour garçons à Salluit. Le centre de réadaptation pour filles est présentement situé à Montréal mais il est prévu de le transférer à Inukjuak en 2015. Une unité fermée pour jeunes contrevenants se trouve à Montréal.

Conclusion

La réponse aux problèmes psychosociaux des parents ne devrait pas être uniquement le châtiment. Les services nécessaires doivent être instaurés afin que les parents reçoivent de l’aide pour développer leurs habiletés parentales et commencent à modifier leur mode de vie pour limiter les effets de leur toxicomanie ou de leurs problèmes de santé mentale sur leur propre vie et sur la vie de leurs enfants. Ces services sont souvent manquants, ce qui mène à une situation où le sentiment d’impuissance chez les parents et les enfants s’empire.

Les organismes et les Nunavimmiuts participant au Ilusiliriniqmi Pigutjiutini Qimirruniq croient que le fait de se concentrer sur les services aux familles, sur les services en santé mentale et sur les services en toxicomanie contribuera à la recherche de solutions pour répondre, de façon adéquate, aux enjeux psychologiques et sociaux complexes au Nunavik.

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Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, « Investigation into child and youth protection services in Ungava Bay and Hudson Bay-Nunavik : report, conclusion of the investigation and recommendations », 2007. analyse over there